Super Mario 3D World a un problème de réputation, et il n’est pas mérité. Sorti sur Wii U en novembre 2013, le jeu a été lu comme un épisode de transition, trop proche de Super Mario 3D Land sur 3DS pour peser dans la lignée des grands Mario 3D. Sa version Switch, arrivée le 12 février 2021 avec Bowser’s Fury en bonus, corrige la plupart des réserves. Reste à savoir si elle vaut encore le détour en 2026.
Super Mario 3D World : ce que contient la cartouche
Deux jeux distincts, vendus ensemble. D’un côté le portage de l’épisode Wii U, campagne complète avec ses mondes, ses drapeaux, ses timbres et son chronomètre. De l’autre Bowser’s Fury, une aventure séparée, plus courte, en monde ouvert.
La campagne d’origine repose sur une idée simple : un jeu 3D avec la logique d’un jeu 2D. On part d’un point, on atteint le drapeau, le temps est compté. La caméra ne tourne pas à 360 degrés, elle se déplace par paliers. Cette contrainte n’est pas un défaut de conception, c’est ce qui rend le jeu jouable à quatre sur un seul écran.
Le scénario reste un prétexte : Bowser capture la princesse Libella et ses congénères, Mario et ses amis leur courent après dans le royaume des Libellas. Personne n’a jamais acheté un Mario pour l’intrigue.
Ce que le portage change vraiment
Quatre ajustements comptent, et ils changent le ressenti plus qu’on ne l’imagine.
La vitesse. Tous les personnages courent environ 40 % plus vite que sur Wii U, sur la carte comme dans les niveaux. Le dash se charge plus rapidement. Un jeu qui semblait un peu lent devient nerveux.
Le multijoueur en ligne. C’est une première pour la série : jusqu’à quatre joueurs, en ligne ou en réseau local sans fil, là où la version Wii U se limitait au canapé. Le mode conserve son mélange de coopération et de compétition, avec un décompte de points par joueur à l’arrivée.
Le mode photo. Les timbres récoltés dans les niveaux ne servent plus seulement de collection : ils décorent les clichés pris en pause, avec filtres. Le gadget est anecdotique, il est aussi le seul moyen simple de partager une capture propre.
Le gyroscope. Certaines sections qui demandaient l’écran tactile de la Wii U passent à la manette. Sur Switch 2, avec la manette posée, c’est plus confortable qu’à l’époque.
Détail de confort : le jeu sauvegarde en arrière-plan, et le personnage redevient contrôlable plus vite à la sortie d’un niveau. Sur un jeu qui se joue par sessions de trois minutes, ça compte.
Quatre personnages, quatre façons de jouer
Mario est polyvalent. Luigi saute plus haut et plus loin, ce qui en fait le meilleur choix pour les passages verticaux et le pire pour les niveaux chronométrés. Peach plane, et son voile sauve des chutes que les autres ne pardonnent pas. Toad court plus vite que tout le monde, avec une inertie qui le rend difficile à arrêter. Harmonie se débloque en avançant, flotte, et se joue comme dans Super Mario Galaxy.
Le costume de chat, obtenu avec la Super Clochette, complète le tableau. Il permet de grimper aux murs quelques secondes, de griffer les ennemis et de se déplacer à quatre pattes. Le portage ajoute même une hauteur de grimpe supérieure. C’est le power-up le plus utilisé du jeu, et probablement le plus efficace jamais conçu pour un Mario 3D.
La structure de progression est généreuse : chaque niveau cache trois diamants verts, un timbre, et souvent une sortie secondaire. Terminer la campagne ne signifie pas avoir tout vu, et le jeu le fait savoir sans le dire.
La campagne principale se termine en une dizaine d’heures si l’on va droit au but. Les mondes supplémentaires, eux, ne se débloquent qu’après la défaite de Bowser, et ils concentrent les passages les plus durs du jeu. C’est une structure en deux temps, typique de Nintendo à cette période : une première partie accessible, une seconde qui suppose de maîtriser les costumes et les sauts au pixel.
Ce que la presse lui reproche, encore aujourd’hui
Les notes de 2013 sont hautes : 93/100 sur Metacritic pour 83 critiques, 92,77 % chez GameRankings, 38/40 chez Famitsu, 9,6/10 chez IGN, 9/10 chez GameSpot, 17/20 chez Jeuxvideo.com. Gamekult est plus sévère avec 8/10. Le jeu a même raflé plusieurs prix de jeu de l’année, dont celui d’Eurogamer.
Les critiques récurrentes portent sur trois points. La caméra, d’abord, fixe en multijoueur et parfois incapable de cadrer correctement quatre personnages dans un espace étroit. IGN la mentionne explicitement, Jeuxvideo.com aussi.
La difficulté, ensuite. Les derniers mondes, et surtout les niveaux bonus débloqués après la fin, sont nettement plus durs que le reste. Le jeu ne prévient pas du saut de niveau. Certains joueurs abandonnent là, persuadés d’avoir terminé.
Le manque de nouveauté, enfin, reproché dès la présentation à l’E3 2013. La formule 3D Land gonflée en haute définition, sans réinvention majeure. Le reproche est juste sur le papier. Il oublie que la formule en question était excellente et n’avait jamais été proposée à quatre.
Bowser’s Fury, le bonus qui prend la lumière
L’ajout le plus intéressant n’est pas dans Super Mario 3D World. Bowser’s Fury se déroule au lac Saudechat, une zone ouverte constellée de cent astres félins. Bowser surgit périodiquement, ravage le décor, puis replonge. Le joueur doit décider s’il continue à explorer ou s’il déclenche l’affrontement final en ramassant une Giga cloche pour devenir Giga Mario chat.
Le mode se joue à deux maximum, un joueur tenant Mario, l’autre Bowser Jr., avec une caméra libre à 360 degrés. C’est court, trois à cinq heures selon le degré de complétion, et c’est surtout la première fois que Nintendo propose un Mario 3D en monde ouvert jouable à deux. Notre dossier sur Bowser’s Fury détaille le contenu et les limites du mode.
Sur Switch 2 en 2026 : gratuit si vous avez la cartouche
Le jeu figure dans la liste des titres Switch qui reçoivent une mise à niveau gratuite sur Switch 2. Concrètement, si vous possédez déjà la version Switch, la mise à jour apporte une fluidité améliorée et le support de GameShare, qui permet de jouer à quatre à Super Mario 3D World et à deux dans Bowser’s Fury avec une seule copie du jeu.
Pour un nouveau venu, la question du prix se pose différemment. Le jeu est vendu au tarif d’une production Nintendo majeure, cinq ans après sa sortie Switch, et treize ans après l’original. C’est cher pour un portage, même augmenté d’une aventure inédite. C’est raisonnable si vous n’avez jamais touché à l’épisode Wii U, ce qui concerne la majorité des joueurs : la console s’est vendue à 13,56 millions d’unités, le jeu à 5,9 millions.
Un point de comparaison utile : le jeu n’est pas concerné par les mêmes réserves que notre ancienne page sur Super Mario 3D World, qui portait sur la version Wii U seule. Les deux versions ne se valent plus.
Pour qui, pour quoi
Prenez-le si vous jouez à plusieurs, régulièrement, sur le même canapé ou en ligne. C’est l’un des rares Mario 3D réellement conçus pour quatre, et le portage retire la principale limite de l’original.
Prenez-le aussi si vous aimez le Mario 3D compact, avec des niveaux courts et une note à la fin de chacun. Le rythme est celui d’un jeu portable, la densité celle d’un jeu de salon.
Évitez-le si vous cherchez l’ampleur d’un Super Mario Odyssey ou la liberté d’un Bowser’s Fury sur la durée. La campagne reste linéaire, la caméra reste contrainte, et le meilleur du lot tient en cinq heures d’aventure ouverte.
Pour replacer l’épisode dans la série, notre sélection des meilleurs jeux de Mario donne les comparaisons utiles, et notre test de Super Mario Galaxy sur Switch montre ce que donne un Mario 3D plus ambitieux dans sa construction.
Sources : Wikipédia (fr), Nintendo (fiche officielle), MarioWiki.
