Quarante et un ans après sa sortie japonaise, Super Mario Bros Nintendo NES reste le jeu qui a appris au monde comment sauter sur une plateforme. Sorti le 13 septembre 1985 sur Famicom, puis en Occident en 1985 et 1987, il a vendu plus de 40 millions d’exemplaires sur la console et posé les bases d’un genre entier. Ce qui surprend encore, c’est la précision du premier niveau.
Super Mario Bros Nintendo NES : la naissance d’un langage
Le jeu est dirigé et produit par Shigeru Miyamoto, conçu avec Takashi Tezuka, programmé par Toshihiko Nakago et Kazuaki Morita, avec une bande originale de Koji Kondo. Nintendo sort d’une période difficile : le marché nord-américain du jeu vidéo s’est effondré en 1983, et la Famicom, lancée au Japon la même année, doit convaincre un public devenu méfiant.
Le contexte explique une partie du design. Miyamoto veut un jeu d’action coloré, avec un écran qui défile et des personnages plus grands que dans Mario Bros. de 1983. Il veut aussi que le joueur comprenne tout sans lire une notice. Le résultat est un jeu sans tutoriel textuel, où chaque élément enseigne une règle en quelques secondes.
Le monde 1-1 est un cours de game design
Le premier niveau est devenu un cas d’école. Le premier écran ne contient qu’un bloc, un champignon qui sort si on le frappe, et un Goomba qui avance. Le joueur apprend trois choses sans qu’on les lui explique : on peut frapper un bloc, cela donne un objet, et un ennemi se tue en sautant dessus. Le premier tuyau arrive ensuite, puis une rangée de briques, puis un bloc invisible qui cache une vie supplémentaire.
Chaque obstacle introduit une variation du précédent. Les trous apparaissent après que le joueur a compris le saut. Les Koopas, qui ne meurent pas au premier saut, arrivent après les Goombas. Les plates-formes suspendues arrivent quand le joueur maîtrise la course. Ce séquençage, sans texte ni flèche, reste la référence de nombreux cours de conception de jeux.
La musique participe à ce langage. Koji Kondo a composé le thème principal en tenant compte des contraintes de la puce sonore de la Famicom, avec une mélodie courte et un rythme qui accélère quand le temps restant diminue. Le thème est aujourd’hui l’un des plus reconnaissables du médium, et il a été réutilisé dans les films et dans presque tous les épisodes suivants.
Huit mondes, 32 niveaux et quelques secrets
Le contenu tient sur une cartouche d’environ 40 kilo-octets : huit mondes de quatre niveaux, soit 32 stages, avec des forteresses, des châteaux, des niveaux aquatiques, des ponts mobiles et un boss final. Chaque monde se termine par un château et un Toad qui annonce que la princesse est ailleurs, formule devenue une blague de la série.
Les zones de téléportation, cachées dans certains niveaux, permettent de sauter des mondes entiers. Elles ne sont pas documentées dans le jeu et ont été découvertes par les joueurs, souvent par hasard. Le fameux monde -1, accessible par un bug dans le château du monde 1-2, fait partie de la même culture de la découverte collective, entretenue par les cours de récréation avant l’arrivée d’Internet.
Les chiffres de vente, et ce qu’ils signifient
Super Mario Bros. s’est vendu à 40,24 millions d’exemplaires sur NES selon les listes de ventes consolidées, ce qui en fait le jeu le plus vendu de la console. Le chiffre inclut les exemplaires vendus en bundle avec la console, notamment la cartouche double avec Duck Hunt, qui a équipé des millions de foyers américains. Toutes versions confondues, rééditions comprises, le total dépasse 58 millions d’unités.
Ce succès n’est pas seulement commercial. Le jeu est crédité, avec la NES, d’avoir relancé l’industrie américaine après le krach de 1983, en prouvant qu’un jeu de console pouvait se vendre à un public familial et pas seulement aux habitués des salles d’arcade. C’est aussi le jeu qui a fait de Mario un personnage mondialement connu, avant la série animée, le film de 1993 et les films d’animation des années 2020.
Ce qui a mal vieilli, et ce qui tient toujours
Trois choses datent. Il n’y a pas de sauvegarde : finir le jeu demande une session longue, ou l’usage des zones de téléportation. La hitbox de Mario est peu généreuse, et les sauts précis demandent un apprentissage qui surprend les joueurs habitués aux jeux modernes. Enfin, le mode deux joueurs est alterné, pas simultané : Luigi attend son tour, ce qui est difficile à vendre aujourd’hui.
Le reste tient étonnamment bien. La vitesse de course, la hauteur de saut et la longueur des sauts forment un ensemble cohérent, immédiatement lisible. Les niveaux se lisent d’un coup d’œil et ne contiennent presque aucun élément décoratif inutile. La difficulté monte par paliers réguliers, sans pic injuste, sauf dans les derniers châteaux.
Un détail frappe quand on y rejoue : le rythme. Les niveaux durent rarement plus de deux minutes, et chaque écran propose une décision simple, sauter ou courir. Les jeux modernes ajoutent souvent des collectibles et des objectifs secondaires pour allonger la durée ; ici, il n’y a que trois cents secondes au compteur et un drapeau au bout. Cette sobriété est aussi ce qui rend le jeu facile à reprendre après des années, sans tutoriel ni rappel de commandes.
La comparaison avec les suites est instructive. Super Mario Bros. 3 ajoute une carte, des costumes et des niveaux plus variés, et Super Mario World pousse la logique du secret à son maximum. Mais aucun des deux n’a la simplicité du premier, et c’est cette simplicité qui explique pourquoi le jeu est encore utilisé comme exemple d’accessibilité.
Où le retrouver en 2026
Le jeu est disponible sur le Nintendo Switch Online, dans la catégorie NES, ce qui reste la voie la plus simple et la moins chère. La NES Mini, sortie en 2016, l’embarque également, avec une trentaine d’autres titres. La cartouche d’origine fonctionne sur NES et sur la plupart des clones, mais les prix de l’occasion ont grimpé, surtout pour les exemplaires complets en boîte.
Les compilations récentes ne l’incluent pas toutes. Super Mario 3D All-Stars, retiré de la vente en mars 2021, ne contient que les trois jeux 3D. La version Game Boy Advance de Super Mario Bros. a existé dans la série NES Classics, et Super Mario Bros. Deluxe sur Game Boy Color reste une alternative intéressante pour jouer en portable, avec un mode défi supplémentaire.
Pourquoi le relancer aujourd’hui
Parce que c’est le meilleur cours de lecture de niveau disponible gratuitement ou presque. Un joueur qui veut comprendre comment un jeu enseigne sans expliquer peut passer une heure sur les quatre premiers niveaux et repartir avec une leçon de design. Un joueur qui cherche simplement un défi court peut viser la fin du jeu sans zone de téléportation, ce qui reste une épreuve honorable.
Pour les curieux de la série, notre sélection des meilleurs jeux de Mario situe cet épisode face aux suivants. Le dossier sur les secrets des warp zones de Super Mario Bros. détaille les raccourcis, et notre article sur Super Mario Bros 3 sur NES explique comment la suite a complexifié la formule. Pour la version portable, le retour sur Super Mario Bros Deluxe sur Game Boy Color complète le panorama.
