Yoshi Crafted World est un jeu de plate-forme 2D sorti le 29 mars 2019 sur Nintendo Switch. Sept ans après, il reste l’un des jeux les plus doux de la console et l’un des plus faciles. La presse l’a accueilli favorablement sans le trouver marquant, et ce verdict n’a pas beaucoup vieilli.
La question mérite d’être posée autrement aujourd’hui. Le jeu est passé au second plan derrière son successeur, Yoshi and the Mysterious Book, sorti le 21 mai 2026 sur Switch 2. Reste à savoir ce que vaut encore celui de 2019, et pour quel joueur.
Fiche technique
Le jeu est développé par Good-Feel et publié par Nintendo. Masahiro Yamamoto en assure la direction, Etsunobu Ebisu et Takashi Tezuka signent la production. Le moteur est Unreal Engine 4, un choix inhabituel pour un jeu Nintendo de cette taille. La sortie est mondiale, le 29 mars 2019, sur Switch uniquement.
Il se joue seul ou à deux, en local. Un seul exemplaire suffit, avec partage des Joy-Con. Le jeu appartient à la série Yoshi et se présente comme le successeur spirituel de Yoshi’s Woolly World, sorti en 2015 sur Wii U.
Le principe : un diorama qu’on retourne
Chaque niveau est un décor en carton, en papier et en plastique, comme une maquette d’école. Yoshi avance sur un plan 2.5D, mais il peut lancer des œufs vers l’avant-plan et vers l’arrière-plan. Ce geste permet de frapper un objet invisible depuis la route principale.
La vraie idée du jeu est ailleurs. Chaque niveau possède un verso, jouable après la première traversée. Le joueur y cherche trois chiots Poochy et doit les ramener à l’arrivée. Le décor change de sens, les objets se révèlent, et ce qu’on croyait être un mur devient un passage.
La progression repose sur les fleurs souriantes. Elles servent de monnaie pour ouvrir les sous-mondes, auprès de créatures appelées Blockafellers. Chaque sous-monde contient aussi des souvenirs artisanaux à trouver, demandés un par un, ce qui oblige à revenir dans les niveaux déjà vus.
Ce que la presse spécialisée retient
Le jeu obtient 79 sur 100 sur Metacritic, sur près d’une centaine de critiques, et 80 sur OpenCritic avec 81 % de recommandations. C’est un accueil favorable, sans enthousiasme débordant. Famitsu lui donne 37 sur 40, avec un 10 sur 10 dans le lot, ce qui montre un écart de sensibilité entre les rédactions.
Les points positifs reviennent d’un test à l’autre. IGN parle d’un jeu « léger en défi et en ambition, mais débordant de créativité et de charme », et note 7,8 sur 10. GameSpot donne 8 sur 10, Game Informer 8,25 sur 10, Edge 8 sur 10, Nintendo Life 8 sur 10. Eurogamer le recommande, en saluant le meilleur jeu de Good-Feel à ce jour.
En France, Jeuxvideo.com attribue 16 sur 20 et insiste sur l’exploration : atteindre la fin d’un niveau n’est pas le défi, trouver les objets cachés l’est. Gamekult donne 7 sur 10 et résume le jeu d’une formule juste, « facile à prendre en main et difficile à lâcher ».
La technique est saluée de façon quasi unanime. Le travail sur les matières, le carton ondulé, le grain du papier, la lumière sur les objets en plastique, tout cela tient encore très bien en 2026. Le jeu n’a pas besoin d’un remaster pour être beau.
Les défauts qui reviennent
La difficulté est le reproche le plus fréquent. Le jeu ne résiste presque jamais. Yoshi ne perd pas de vie au sens classique, il perd du temps, et les ennemis s’écartent d’un coup de langue. Un joueur habitué aux jeux de plate-forme traverse la campagne sans sueur.
La bande-son divise. Plusieurs critiques la jugent oubliable, répétitive, en retrait des mélodies de Yoshi’s Island. C’est un point qui revient dans les tests anglophones et qui surprend pour une série connue pour sa musique.
Le rythme du 100 % pose un autre problème. Les souvenirs se demandent un par un, et chaque demande impose de rejouer un niveau déjà terminé. Le procédé étire la durée sans ajouter d’idée. Les joueurs qui visent la complétion le disent régulièrement dans les avis.
Le mode deux joueurs, enfin, reste flou. Deux Yoshi de couleurs différentes se partagent l’écran, et la lisibilité en souffre quand les deux lancent des œufs en même temps. Le mode fonctionne avec des enfants, moins avec deux adultes habitués à avancer vite.
Ce que Crafted World change par rapport à Woolly World
Yoshi’s Woolly World reposait sur la laine. Tout était fil, pelote et tricot, et le jeu exploitait la matière comme une mécanique : on défaisait un mur en tirant un fil, on créait une plateforme en la tricotant. Crafted World remplace la laine par le carton, le papier et le plastique, et perd un peu de cette cohérence.
Le diorama est plus varié, moins monotone que le tout-laine, mais il impose aussi ses limites. Les objets en carton se ressemblent d’un niveau à l’autre, et la palette reste sage. La direction artistique est plus ambitieuse dans son principe que dans sa réalisation, ce que plusieurs tests ont relevé.
Le changement majeur reste la caméra. Woolly World proposait un plan fixe avec des secrets en profondeur. Crafted World ajoute le retournement complet du niveau, ce qui ouvre la recherche sans ajouter de difficulté de plate-forme. Le jeu gagne en curiosité ce qu’il perd en tension.
Sur la durée, les deux jeux se ressemblent beaucoup. Même rythme, même générosité, même refus de punir. Choisir entre eux revient donc à choisir une matière, ce qui est une façon élégante de dire que Good-Feel a produit deux fois le même jeu avec deux habillages.
Yoshi’s Crafted World en 2026
Le jeu tourne sur Switch 2 par rétrocompatibilité, sans mise à jour gratuite dédiée. Nintendo a publié une liste d’upgrades gratuits pour sa nouvelle console, et Yoshi’s Crafted World n’y figure pas, contrairement à Super Mario 3D World ou Super Mario Odyssey. Il n’y a donc pas de patch visuel à attendre.
Son successeur, Yoshi and the Mysterious Book, est sorti le 21 mai 2026 sur Switch 2, toujours chez Good-Feel. Le jeu abandonne le diorama pour un livre animé et mise sur la découverte plutôt que sur la collecte. Comprendre ce que le nouveau jeu change aide à situer l’ancien.
Crafted World garde pourtant un avantage : il est disponible à petit prix, souvent autour de la trentaine d’euros en occasion, et il ne demande aucune connaissance préalable. Pour un enfant de six à dix ans, c’est une entrée idéale dans le jeu de plate-forme.
Pour qui, et pour qui pas
Le jeu s’adresse d’abord aux familles. Un parent peut jouer avec un enfant sans le freiner, et l’enfant peut avancer seul sans se décourager. Le ton, l’absence de violence réelle et la lenteur générale en font un choix sûr, y compris pour un premier jeu.
Il s’adresse aussi aux amateurs de direction artistique. Le travail sur les matières est l’un des plus aboutis de la console, et les niveaux se regardent autant qu’ils se jouent. Ceux qui aiment Yoshi’s Woolly World retrouveront la même philosophie, avec un matériau différent.
Il ne s’adresse pas aux joueurs qui cherchent du défi. Un habitué de Super Mario Bros. Wonder ou de Donkey Kong Country s’ennuiera avant la moitié du jeu. La promesse du verso ne suffit pas à créer de la tension, et le 100 % ressemble davantage à une corvée qu’à un plaisir.
Reste un jeu honnête, cohérent, sans cynisme. Il ne cherche pas à retenir le joueur par des systèmes, il propose un décor et laisse faire. Sept ans après, cette sobriété est devenue rare, et c’est sans doute ce qui le rend encore recommandable pour son public.
Pour comparer avec les autres épisodes de la licence, notre sélection des meilleurs jeux de Mario regroupe les titres par époque. Les joueurs qui veulent un platformer plus exigeant peuvent aussi lire notre retour sur New Super Mario Bros. Wii et notre analyse de Super Mario World.
