Peach princesse, joueuse de tennis, patronne de théâtre : en quarante et un ans, le personnage est passé du rôle de récompense finale à celui d’héroïne jouable. Elle reste la figure féminine la plus présente du jeu vidéo, et son parcours raconte à sa manière les hésitations de Nintendo.
Voici la chronologie complète, de 1985 aux films d’Illumination, avec les dates, les noms et les décisions de design qui ont réellement compté.
Peach princesse : de la récompense finale à l’héroïne jouable
À sa sortie, Super Mario Bros. confie à Peach un seul rôle : apparaître à la fin du dernier château et remercier le joueur. Elle n’a pas de dialogue, pas de mécanique, pas même de nom définitif en Occident. Quarante et un ans plus tard, elle conduit un kart, joue au tennis, se bat à l’épée et porte seule un jeu d’action-aventure.
Le changement ne s’est pas fait d’un coup. Il suit trois poussées distinctes : les spin-offs sportifs du début des années 2000, la volonté de Miyamoto de la rendre « plus puissante », puis le film de 2023 qui a imposé une Peach combattante au grand public.
1985 : une princesse dessinée par Miyamoto, renommée par erreur
Shigeru Miyamoto crée le personnage pour le premier Super Mario Bros., sorti au Japon le 13 septembre 1985. Il dessine lui-même une première version, puis confie la refonte à Yōichi Kotabe avec des consignes précises : des yeux « un peu félins », une allure « têtue, mais un peu mignonne ».
Le nom japonais n’a jamais changé : ピーチ姫, Pīchi-hime, soit « princesse Peach » en français. Miyamoto a expliqué l’avoir choisi par association d’idées, les princesses renvoyant aux petites filles, et les petites filles au rose.
En anglais, le manuel de jeu la baptise Princess Toadstool. Le prénom Peach ne revient à l’Ouest qu’en 1993, dans Yoshi’s Safari, et le personnage s’appelle encore Toadstool dans Wario Land: Super Mario Land 3 en 1994. C’est Super Mario 64, en 1996, qui tranche : Peach signe sa lettre à Mario de ce prénom. À partir de Mario Kart 64, les versions occidentales adoptent définitivement Peach.
1988 à 2005 : les premières fois où Peach joue
Super Mario Bros. 2, sorti sur NES en 1988, la rend jouable pour la première fois dans la série principale. Sa particularité est déjà là : elle flotte plus longtemps que les autres en sautant. Le personnage est alors une déclinaison de Doki Doki Panic, mais Nintendo conserve cette différence de maniabilité, première esquisse d’une Peach qui se distingue par le mouvement et non par la rescousse.
En 1990, Princess Toadstool’s Castle Run, mini-jeu sur montre Nelsonic, lui donne pour la première fois un jeu dont elle est le personnage principal. Le support est anecdotique, le précédent ne l’est pas.
Il faut attendre 2005 pour la vraie tentative : Super Princess Peach sur Nintendo DS, développé par Tose, sorti le 20 octobre 2005 au Japon et le 26 mai 2006 en Europe. L’inversion est totale, puisque Peach part sauver Mario et Luigi retenus par Bowser sur l’île des Vibrations. Le jeu s’appuie sur un parapluie vivant, Perry, et sur quatre émotions qui modifient ses capacités. Il s’écoule à 1,7 million d’exemplaires, ce qui en fait le 50e jeu DS le plus vendu, et reçoit un accueil plutôt positif, avec une réserve récurrente sur sa difficulté.
2000 à 2020 : la sportive, puis la combattante
Les spin-offs font plus pour sa popularité que ses propres jeux. Peach devient une valeur sûre de Mario Tennis, Mario Golf, Mario Party et Mario Kart, où elle est jouable dans presque tous les épisodes. Elle entre dans Super Smash Bros. Melee en 2001 avec un moveset construit sur le parapluie, la poêle à frire et le coup de fesse, trois objets tirés de son histoire plutôt que de son statut de princesse.
Nintendo la remet ensuite dans la distribution jouable des épisodes principaux : Super Mario 3D World en 2013, où sa robe ralentit sa course mais où sa hauteur de saut compense, Super Mario Run en 2016, puis Super Mario Bros. Wonder en 2023.
Miyamoto a assumé tardivement le problème du rôle passif. Il a expliqué que la demoiselle en détresse servait d’abord à donner un objectif immédiatement compréhensible, avant de reconnaître que l’image ne correspondait plus à l’époque, puis de décrire le film comme l’occasion de transformer Peach en souveraine qui se bat pour son royaume.
2023 et 2026 : le cinéma impose une autre Peach
The Super Mario Bros. Movie, sorti en 2023, rapporte 1,36 milliard de dollars et installe une Peach qui s’entraîne, gouverne et combat aux côtés de Mario. Anya Taylor-Joy lui prête sa voix en version originale. Le changement est si visible que Nintendo retouche la jaquette de Princess Peach: Showtime! pour lui donner une expression plus déterminée, alignée sur le film.
The Super Mario Galaxy Movie, sorti le 3 avril 2026, pousse plus loin en donnant au personnage des inquiétudes et une relation avec Mario moins univoque. Attention toutefois à un détail de continuité : Harmonie y est présentée comme la sœur de Peach, ce qui ne vaut que pour les films d’Illumination et ne fait pas partie du canon des jeux.
Une voix, plusieurs visages
Le timbre de Peach a changé plusieurs fois, ce qui explique les différences de ton entre les épisodes. Leslie Swan, responsable de localisation chez Nintendo, double le personnage à la fin des années 1990. Jen Taylor prend le relais de 2000 à 2007, avant que Samantha Kelly n’occupe le rôle de 2007 à 2024. Depuis 2025, c’est Courtney Lin qui assure la voix anglaise.
En français, les jeux restent largement sous-titrés plutôt que doublés, et la voix de Peach varie donc peu d’une version à l’autre. Le film, lui, dispose d’un doublage complet, avec une distribution séparée de celle des jeux.
Ce que la critique lui reproche encore
La réception du personnage reste partagée. Une partie de la presse spécialisée souligne qu’elle a longtemps été définie par son enlèvement, et que ses jeux solo n’ont pas le niveau d’exigence des jeux Mario principaux. Princess Peach: Showtime! en est l’illustration : 74 de moyenne sur Metacritic, un accueil correct mais loin des standards de la série, avec des reproches convergents sur la facilité et la répétition.
L’autre lecture, tout aussi défendable, consiste à voir dans ces jeux solo des entrées volontairement accessibles, pensées pour un public que les Mario classiques intimident. Les deux positions cohabitent, et Nintendo n’a jamais tranché publiquement.
Où jouer Peach en 2026
Trois jeux suffisent aujourd’hui à couvrir l’essentiel. Super Mario Bros. Wonder reste la meilleure utilisation de Peach en plateforme 2D, avec une maniabilité proche de celle de Mario et un multi local jusqu’à quatre. Super Mario 3D World + Bowser’s Fury offre la version 3D la plus complète, avec une Peach jouable dans les deux modes. Princess Peach: Showtime! reste le seul jeu récent construit autour d’elle, à réserver aux jeunes joueurs et aux amateurs de théâtre.
Pour situer ces trois titres dans l’ensemble de la ludothèque, notre sélection des meilleurs jeux de Mario donne les comparatifs complets. Les amateurs de course trouveront par ailleurs son comportement détaillé dans notre page sur Peach dans Mario Kart, et les curieux de l’antagoniste inverse liront notre portrait de Waluigi, l’éternel rival sans jeu.
Un dernier repère pour mesurer le chemin parcouru : Peach est aujourd’hui le personnage féminin apparu dans le plus grand nombre de jeux vidéo, tous éditeurs confondus. En 1985, elle n’avait pas de nom en Occident. C’est probablement le meilleur résumé de son évolution.
Sources
Dates de sortie, noms et crédits : Wikipédia (Princess Peach, Super Princess Peach, Princess Peach: Showtime!). Notes et ventes : Metacritic, OpenCritic. Déclarations de Miyamoto : entretiens relayés par la presse spécialisée et synthétisés par Wikipédia. Noms français du théâtre et des transformations : page officielle Nintendo France de Princess Peach: Showtime!.
