NES Mario Bros 3 reste, trente-huit ans après sa sortie japonaise, le jeu que la NES n’a jamais réussi à dépasser. Huit mondes, une carte à parcourir librement, des costumes qui changent la façon de traverser un niveau : la cartouche de 1988 a fixé la grammaire du Mario en 2D pour les décennies suivantes. Voici ce que la presse en disait à l’époque, ce qu’elle lui reproche encore, et dans quelle version y jouer aujourd’hui.
NES Mario Bros 3 : ce que la cartouche a changé
Avant 1988, un Mario se traversait de gauche à droite, niveau après niveau, sans vue d’ensemble. Super Mario Bros. 3 casse cette linéarité avec une carte du monde où le joueur déplace son personnage entre des cases d’action, des forteresses et des maisons de Toad. Les chemins se séparent, certaines routes se ferment, d’autres raccourcissent. Le jeu donne pour la première fois l’impression de traverser un territoire et non une suite de tableaux.
La carte sert aussi de menu. Les objets ramassés dans les mini-jeux partent dans une réserve, que l’on ouvre avant un niveau difficile pour sortir une fleur de feu ou une aile. Ce système de stock compte autant que les costumes eux-mêmes : il transforme la préparation en décision. Sur la fin du jeu, choisir entre une P-Aile pour survoler un passage et un costume de marteau pour tenir un couloir devient un vrai arbitrage.
Deux éléments de l’univers Mario naissent ici. Les Koopalings, les sept enfants de Bowser, apparaissent pour la première fois et gardent chacun un aéronef. La carte du monde, elle, devient un standard que la série n’abandonnera plus, de Super Mario World à New Super Mario Bros. U. Le ground pound, ce coup de poing au sol que Mario exécutera ensuite dans tous ses jeux 3D, existe déjà sous une forme détournée : il suffit de se changer en statue de Tanooki en plein saut.
Feuille tanuki, grenouille, marteau : les costumes qui changent tout
Super Mario Bros. 3 empile les transformations là où ses prédécesseurs se contentaient d’une fleur et d’une étoile. Quatre d’entre elles modifient vraiment la lecture d’un niveau.
- La feuille donne une queue de raton laveur et un vol plané. Elle rend les sauts plus longs, ouvre des raccourcis verticaux et reste le costume le plus polyvalent du jeu.
- Le costume Tanooki ajoute la statue : Mario se fige, devient invulnérable quelques secondes, et peut écraser ce qui passe sous lui en se transformant en l’air.
- Le costume de grenouille rend la nage rapide et précise, au prix d’une marche catastrophique hors de l’eau. Les niveaux aquatiques du monde 3 deviennent faciles, les autres deviennent une punition.
- Le costume de marteau lance des marteaux en cloche et résiste aux boules de feu accroupi. Rare, puissant, et franchement difficile à maîtriser sur les derniers mondes.
Il faut y ajouter la chaussure de Goomba, disponible dans un seul niveau, qui permet de marcher sur les pics et de broyer les ennemis. Nintendo n’a jamais vraiment réutilisé cette idée. C’est peut-être ce qui la rend si marquante.
Huit mondes, sept aéronefs, une progression qui respire
Chaque royaume possède son thème visuel et sa mécanique dominante : plaine, désert, océan, pays des géants, ciel, glace, tuyaux, puis le château de Bowser. Les tours de mi-monde sont gardées par Boom Boom, les fins de monde par un Koopaling dans son aéronef. Cette alternance donne un rythme très régulier, avec une montée de difficulté lisible.
Les schémas de niveaux varient davantage que dans les épisodes précédents. Un stage se termine par un drapeau, un autre par une forteresse à détruire, un autre par une course contre un soleil qui poursuit Mario. Les sorties secrètes existent, et les flûtes de téléportation permettent de sauter plusieurs mondes, ce qui offre une vraie rejouabilité aux joueurs pressés.
Ce que la presse en a dit
Les notes de l’époque sont exceptionnellement hautes, et elles portent sur la version NES d’origine. Famitsu attribue 8, 9, 9 et 9 sur 10, soit 35 sur 40, ce qui place le jeu juste derrière Dragon Quest III dans le classement annuel du magazine. Computer and Video Games monte à 98 %, Mean Machines aussi, avec un testeur qui le qualifie de meilleur jeu auquel il ait joué.
Jeuxvideo.com, lors de sa ressortie sur la console virtuelle Wii, lui donne 19 sur 20. Le ton général de la critique tient en une phrase : le jeu ne propose pas une idée, il en propose vingt, et presque toutes fonctionnent. La comparaison avec Sonic the Hedgehog revient souvent dans les tests anglais de 1991, moins pour opposer les deux mascottes que pour souligner l’avance de Nintendo sur le platformer.
Les réserves existent malgré tout. Un testeur de Famitsu le trouvait légèrement daté dans ses commandes dès 1988. Le prix de 6500 yens est critiqué par la presse japonaise, qui le juge élevé pour un jeu familial. Et tout le monde s’accorde sur la fin de l’aventure : les mondes 7 et 8 ne pardonnent rien.
Les limites qu’on ne peut plus ignorer
La première saute aux yeux : la cartouche NES d’origine ne sauvegarde pas. Il faut laisser la console allumée ou reprendre au début du monde courant après un game over. Sur un jeu de cette longueur, c’est une contrainte qui pesait déjà en 1990 et qui pèse davantage aujourd’hui.
La deuxième concerne le rythme. Certains niveaux tardifs reposent sur des enchaînements de sauts au pixel, et le respawn après une vie perdue renvoie parfois loin en arrière. La difficulté n’est pas injuste, elle est sévère, et elle explique pourquoi beaucoup de joueurs n’ont jamais vu le château final.
Techniquement, la NES sature quand l’écran se remplit de sprites : les ralentissements sont visibles dans les séquences de plateformes serrées et dans certains aéronefs. La carte du monde, enfin, reste rigide. On ne revient pas en arrière, et une route manquée ne se rattrape pas toujours.
Où jouer à Super Mario Bros. 3 en 2026
Quatre portes d’entrée existent, et elles ne se valent pas.
- Nintendo Switch Online propose la version NES depuis septembre 2018, avec du jeu en ligne. C’est la solution la plus simple et la moins chère si l’abonnement est déjà en place. L’émulation est propre, les sauvegardes de suspension sont disponibles.
- La NES Mini, sortie en 2016, contient le jeu en dur. L’émulation souffre d’un léger input lag, mais la machine reste une borne de salon agréable.
- Super Mario All-Stars sur Super NES, depuis 1993, propose une refonte graphique et sonore avec sauvegarde. Les puristes lui reprochent des différences de physique et un rendu plus lisse, moins sec que l’original.
- Super Mario Advance 4 sur Game Boy Advance, en 2003, ajoute des niveaux supplémentaires via l’e-Reader. La version est complète, mais l’écran de la GBA recadre l’action.
La cartouche originale reste jouable sur NES, et sur NES européenne avec un adaptateur. Comptez entre 25 et 40 euros pour un exemplaire seul, davantage pour une boîte complète. À ce prix, la version Switch Online reste le choix rationnel.
Pour qui, et pourquoi y revenir
Super Mario Bros. 3 s’adresse d’abord à ceux qui veulent comprendre d’où vient le Mario moderne. La carte du monde, les costumes à réserve, les maisons de Toad, les aéronefs : tout ce que la série répète depuis trente-huit ans naît dans cette cartouche. Jouer à New Super Mario Bros. U Deluxe sans avoir touché à l’original, c’est lire une suite sans connaître le premier chapitre.
Le jeu s’adresse ensuite aux amateurs de platformer exigeant. La courbe de difficulté reste exemplaire, avec des mondes 1 à 4 accessibles et une seconde moitié qui demande de la précision. Les amateurs de scoring y trouvent aussi leur compte, avec les cartes et les vies à accumuler.
Il faut en revanche le déconseiller à qui cherche une expérience confortable. L’absence de sauvegarde sur cartouche, les respawns lointains et les ralentissements demandent une tolérance que tous les joueurs de 2026 n’ont pas. Pour ceux-là, Super Mario World sur Super NES, plus généreux et plus souple, reste une meilleure porte d’entrée dans le Mario 2D rétro.
Reste une évidence : trente-huit ans après, la cartouche tient toujours. Elle a moins de confort que ses héritiers, elle a surtout plus d’idées. C’est le propre d’un sommet. Pour situer l’épisode dans la série, la sélection des meilleurs jeux de Mario donne le panorama complet, et le dossier sur les transformations de Mario détaille ce que chaque costume a apporté au fil des épisodes.
