Paper Mario Porte Millénaire fait partie de ces jeux dont la réputation a précédé le retour. Vingt ans après la GameCube, Intelligent Systems a ressorti son RPG en papier sur Switch le 23 mai 2024, avec des graphismes refaits et quelques corrections de confort. La question qui compte pour un joueur de 2026 n’est pas de savoir si le jeu était bon en 2004, mais si cette version mérite votre argent aujourd’hui. Réponse courte : oui pour qui aime le tour par tour, avec des réserves précises à connaître avant d’acheter.
Paper Mario Porte Millénaire : ce que contient réellement le jeu
Paper Mario : La Porte Millénaire raconte la chasse aux sept Gemmes Étoile. Peach tombe sur une carte au trésor, se fait enlever dans la foulée, et Mario débarque à Port-Lacanaïe pour suivre la piste jusqu’à la fameuse Porte Millénaire, une porte scellée qui n’ouvre qu’avec les gemmes. Face à lui, Cruxinistre et ses Mégacruxis, épaulés par l’Obscur Trio, trois sœurs dont la plus jeune, Viviane, finit par changer de camp.
La progression reste fidèle à l’original : un prologue et huit chapitres, entrecoupés d’interludes où l’on incarne Peach, dans des séquences de réflexion sans combat, et Bowser. Chaque chapitre se consacre à un lieu et à une Gemme. Les estimations de durée varient beaucoup selon l’objectif : une vingtaine d’heures pour boucler l’histoire principale, et jusqu’à une cinquantaine d’heures pour les joueurs qui veulent tout voir, ce que plusieurs tests ont relevé.
Le système de combat, force et limite du jeu
Le principe est celui d’un RPG au tour par tour, mais avec une couche d’adresse : chaque attaque et chaque défense demande une action au bon moment, ce qui transforme un échange théorique en geste à exécuter. S’ajoutent les badges, qui modifient les capacités de Mario, et les partenaires, chacun avec sa compétence propre.
- Goomélie, la Goomba studieuse qui renseigne sur les lieux et les ennemis rencontrés.
- Koopek, le Koopa peureux dont la carapace atteint les interrupteurs éloignés.
- Cumulia, la femme-nuage capable de provoquer des bourrasques et de révéler des passages.
- PtiYoshi, le bébé Yoshi qui fait planer Mario sur de courtes distances.
- Viviane, qui cache Mario dans son ombre.
Le revers de ce système, la presse spécialisée le relève depuis 2024 comme en 2004 : les combats finissent par se répéter. Le Monde, dans son test, note avoir aimé l’origami, les personnages attachants et la mise en scène baroque, tout en regrettant des affrontements qui tournent parfois à la routine. Switch-Actu va plus loin et parle d’un design d’époque « peu respectueux du temps du joueur », entre allers-retours et rythme inégal. La structure date de 2004 et elle l’assume jusqu’au bout, longueurs comprises.
Ce que le remake change vraiment
La refonte graphique est la partie la plus évidente, et elle est réussie. Les décors ont été retravaillés pour intégrer les techniques de faux papier vues dans Paper Mario: The Origami King, avec des textures et des éclairages refaits. P-Nintendo évoque un travail « plus beau, plus coloré que jamais », et Le Monde parle d’une restauration soignée, aux allures de beau livre d’images. Le jeu original n’était disponible que sur GameCube : pour beaucoup de joueurs, cette version est la première occasion de le faire dans de bonnes conditions.
Le contenu neuf, en revanche, est maigre, et c’est la critique la plus constante. Les changements les plus utiles sont des corrections de confort : changement de partenaire plus rapide, meilleur moyen de retourner dans les zones déjà visitées pour réduire les allers-retours, et de nouveaux boss annexes qui ajoutent un peu de défi. La bande-son a également été retravaillée, ce que plusieurs tests saluent. Au-delà de ça, le remake reste très proche de l’original, y compris dans ses longueurs.
Ce que disent les notes
Le consensus de la presse est clair et plutôt élevé. Jeuxvideo.com rappelle que la moyenne agrégée se situe autour de 88 sur 100. P-Nintendo attribue 17 sur 20 en soulignant un opus qui n’a pas vieilli et un lifting graphique bienvenu. Watson met 9 sur 10 pour la refonte, les musiques et le système de combat, en réservant sa critique au manque de contenu additionnel. Switch-Actu, plus sévère, plafonne à 80 %, en pointant la lourdeur de certaines sections et des combats répétitifs. Aucun test sérieux ne remet en cause la qualité de l’écriture ni des personnages, tous insistent sur le traitement de Viviane, personnage trans écrit avec soin dès 2004.
Les badges et les pouvoirs étoiles
Deux couches de personnalisation donnent de la profondeur au système. Les badges, d’abord : équipés en nombre limité par des points, ils modifient les attaques de Mario et ouvrent des combinaisons très différentes selon la façon de jouer. Les pouvoirs étoiles, ensuite, débloqués à chaque Gemme Étoile récupérée, qui ajoutent des capacités entières utilisables en combat ou sur le terrain.
Cette progression explique pourquoi la réputation du jeu tient autant à sa construction qu’à son écriture. Les tests de 2024 comme les avis de joueurs laissent tous la même impression : le jeu reste accessible, tout en laissant de vraies marges pour optimiser chaque tour. Les débutants peuvent se contenter des attaques de base, les autres empilent les badges jusqu’à casser l’équilibre.
Les interludes et le rythme
Il faut aussi mentionner les passages hors Mario. À la fin de plusieurs chapitres, le jeu vous confie Peach pour des séquences de réflexion sans affrontement, et Bowser pour d’autres saynètes. Switch-Actu les juge « pas toujours passionnants », et cette réserve revient régulièrement. Ils servent le récit, mais cassent le rythme au moment où l’on veut avancer.
Pour qui ce jeu est fait
Paper Mario : La Porte Millénaire s’adresse à trois profils. D’abord aux amateurs de RPG au tour par tour qui acceptent un rythme lent et des combats à base d’adresse, parce que le système est bien plus fin qu’il n’y paraît. Ensuite aux joueurs qui ont raté le jeu en 2004 et qui veulent découvrir l’un des RPG Mario les plus écrits de la série. Enfin à ceux qui cherchent un jeu à faire à plusieurs autour d’un écran, l’aventure étant facile à suivre et souvent drôle.
Il n’est pas fait pour ceux qui fuient les allers-retours. Le jeu demande de revenir dans les mêmes zones, de reparcourir des couloirs et de refaire des combats déjà gagnés. C’est la critique la plus récurrente, et elle est justifiée. Ceux qui jouent en sessions courtes le ressentiront davantage.
Faut-il l’acheter en 2026
Oui, si vous aimez le tour par tour et que vous acceptez une structure datée en échange d’une écriture et d’une direction artistique au-dessus de la moyenne. Le jeu est vendu plein tarif, autour de 60 euros, alors qu’il s’agit d’une restauration et non d’un jeu neuf : si l’hésitation porte sur le prix, il n’y a aucune raison de se précipiter, les promotions Nintendo sur ce type de titre étant régulières.
Pour situer la proposition, notre test de Mario Kart World montre l’autre extrémité de ce que Nintendo sait faire aujourd’hui, là où notre test de Super Mario Party Jamboree illustre le jeu multijoueur familial, comme notre comparatif pour choisir un Mario Party sur Switch 2. Et pour replacer ce RPG dans l’ensemble de la production, notre sélection des meilleurs jeux de Mario en donne la vue d’ensemble.
Notre position
Paper Mario : La Porte Millénaire reste un grand RPG, et cette version Switch est la meilleure façon d’y jouer, ce qui n’était pas difficile tant l’original était enfermé sur GameCube. Elle ne règle pas, en revanche, les lenteurs du jeu de 2004 : combats répétitifs, allers-retours, contenu additionnel limité. À conseiller à ceux qui cherchent un jeu écrit et généreux plutôt qu’un jeu nerveux, et à laisser de côté si vous attendez d’un remake qu’il modernise vraiment son rythme.
