Paper Mario splash est le raccourci qu’emploient beaucoup de discussions pour désigner Paper Mario : Color Splash, l’épisode Wii U sorti le 7 octobre 2016. Intelligent Systems y reprend la formule de Sticker Star, polémique comprise : des cartes à consommer en combat, un marteau qui peint, et aucune progression par points d’expérience. La presse spécialisée s’est montrée bien plus indulgente que les joueurs, et c’est précisément là que le malentendu se loge.
Paper Mario splash : ce que le jeu est réellement
Le jeu est développé par Intelligent Systems et édité par Nintendo sur Wii U. Il est le cinquième épisode de la série Paper Mario, après Paper Mario sur Nintendo 64, Paper Mario : La Porte Millénaire sur GameCube, Super Paper Mario sur Wii et Sticker Star sur 3DS. Sa sortie nord-américaine et européenne date du 7 octobre 2016, la version japonaise suivant le 13 octobre.
Le cadre : l’île de Port Prisma. Mario et Peach reçoivent une lettre qui est en réalité un Toad vidé de ses couleurs et plié en deux. Arrivés sur place, les deux héros trouvent une ville déserte et une fontaine centrale à sec, privée de ses six Grandes Étoiles de Peinture. Mario libère alors Huey, le gardien de la fontaine enfermé dans une boîte de peinture, et part les récupérer. Entre-temps, Bowser enlève Peach, comme le veut la tradition.
Le contenu tient en six zones, les Koopalings en guise de boss, un marteau servant à la fois d’arme et de pinceau pour recharger la couleur des décors et des habitants, et un système de cartes à collectionner pour les affrontements. La direction artistique, en papier et carton, exploitait la HD de la Wii U bien mieux que la moyenne du catalogue de la console.
Un jeu qui assume d’être une aventure, pas un RPG
Il faut le répéter, car c’est la source principale des déceptions : depuis Sticker Star, la série Paper Mario a abandonné le rôle pur. Plus de niveaux, plus d’expérience, plus de partenaires combattants. Ici, la progression passe par les cartes ramassées, achetées ou fabriquées, et par les étoiles récoltées zone après zone. Qui attend un RPG GameCube-like sera déçu dès la première heure.
Six zones, une progression très guidée
L’aventure se découpe en six grandes zones, chacune structurée autour de la récupération d’une Grande Étoile de Peinture et refermée par un affrontement contre un Koopaling. Les tests de l’époque décrivent une progression très balisée, où le joueur colorie les éléments de décor vidés de leur teinte pour faire apparaître des objets, débloquer des passages et engranger de la monnaie.
Cette couche de peinture donne une seconde lecture aux niveaux, et c’est là que le jeu est le plus convaincant : repérer une zone délavée, la remplir, découvrir ce qui s’y cachait. Le revers tient à la gestion des cartes, qui s’obtiennent, se rangent et se sélectionnent dans des menus intercalés entre deux combats. Plusieurs critiques y voient la cause directe des longueurs et des baisses de rythme qu’elles reprochent au jeu.
Ce que la presse spécialisée reproche au jeu
Sur Metacritic, Color Splash obtient 76/100 sur 74 critiques, contre un score utilisateurs de 7,3 sur plus de 550 avis. OpenCritic ne relève que 58 % de recommandations : autrement dit, une courte majorité de rédactions l’a jugé correct sans plus.
Le reproche est presque toujours le même : le système de combat. Le testeur d’Eurogamer explique que le jeu n’a pas corrigé le défaut central de Sticker Star, à savoir l’absence de raison de se battre. Chaque affrontement consomme des cartes précieuses, et les ennemis rendent rarement de quoi compenser ce qu’on a dépensé. Le site français Nintendo Master parle d’un « vrai point noir » et ajoute des longueurs et des baisses de rythme. GameSpot, à 7/10, rejoint ce diagnostic.
S’ajoutent des critiques récurrentes sur l’écriture et la structure. Le scénario ne décolle vraiment que dans sa dernière partie. Les Toads, quasi identiques, tiennent lieu de personnages secondaires là où La Porte Millénaire proposait des partenaires mémorables. Le rythme est haché par les allers-retours.
Le Kamek qui surgit pour imposer des conditions en plein combat, par exemple en ne laissant que six cartes en main ou en retournant celles du joueur, est régulièrement cité comme un exemple de difficulté artificielle. Le jeu est facile, puis frustrant sans être plus difficile.
Ce que Color Splash fait mieux que Sticker Star
Le point le plus cité en sa faveur est le level design. Là où Sticker Star alignait des tableaux inégaux, Color Splash construit des niveaux plus lisibles, plus variés et souvent plus drôles, avec des idées de mise en scène que la Wii U rendait possibles. La peinture des décors sert à la fois d’objectif d’exploration et de monnaie, ce qui donne un fil conducteur au jeu tout entier.
L’humour fait presque l’unanimité. Les rédactions anglophones relèvent une écriture nettement au-dessus de la moyenne de la franchise, et c’est ce qui porte les longues sessions. Le jeu a d’ailleurs servi de chant du cygne à la Wii U, à quelques mois de l’annonce de la Switch.
Côté durée, comptez une vingtaine d’heures pour boucler l’aventure à rythme normal, davantage si vous visez l’ensemble des cartes et des étoiles. C’est correct, mais étiré par les retours en arrière que les tests signalent presque tous.
Comment y jouer en 2026
Color Splash n’est jamais sorti sur une autre console. Aucun portage, aucune compilation, aucune réédition : le jeu reste exclusif à la Wii U. C’est structurant, car les eShop Wii U et 3DS ont fermé en mars 2023. L’achat dématérialisé n’est donc plus possible.
Concrètement, la seule voie d’accès passe par une Wii U d’occasion et le disque physique, dont les prix de seconde main restent modestes comparés à d’autres exclusivités de la console. Si vous cherchez d’autres épisodes, notre test de Paper Mario : La Porte Millénaire explique pourquoi le GameCube reste la référence de la série, et sa ressortie sur Switch a remis ce classique à portée de main.
Notre position : pour qui, pour qui pas
Color Splash mérite mieux que sa réputation de mauvais Paper Mario, sans mériter pour autant une réhabilitation enthousiaste. C’est une aventure agréable à regarder et souvent drôle, plombée par un système de combat qu’on subit plus qu’on ne le joue. Le jeu a de vraies qualités de production et un humour qui fonctionne, mais il demande d’accepter ses règles sans discuter.
Pour vous si vous aimez les jeux d’exploration légers, l’art du papier et l’humour de la série, et si le combat n’est pas ce que vous venez chercher. Un joueur curieux de comprendre l’histoire de la série trouvera ici un épisode instructif.
Passez votre chemin si vous attendez un RPG à progression, des partenaires travaillés et des affrontements qui récompensent l’effort. Dans ce cas, retournez plutôt vers La Porte Millénaire ou vers d’autres jeux d’aventure plus généreux comme Super Mario Bros. Wonder, qui jouent la carte du plaisir immédiat sans système de cartes.
Un mot sur la comparaison avec les autres Paper Mario, parce qu’elle explique beaucoup de choses. La Porte Millénaire proposait des partenaires qui comptaient dans les combats, des niveaux et une vraie montée en puissance. Color Splash supprime ces trois piliers et les remplace par des cartes. Le jeu est donc plus proche de l’aventure point-and-click colorée que du jeu de rôle, et il faut l’aborder ainsi pour l’apprécier.
Le malentendu, au fond, est simple : Color Splash n’est pas un mauvais jeu, c’est un jeu qui a payé pour les choix de Sticker Star. Jugé comme une aventure papier, il tient la route. Jugé comme une suite de La Porte Millénaire, il ne pouvait pas gagner.
Sources et liens : Metacritic, Paper Mario: Color Splash ; Eurogamer, test Color Splash ; Nintendo Master, test français ; fiche technique et dates de sortie.
Retrouvez notre sélection de titres du plombier dans le classement des meilleurs jeux de Mario.
