Mario origine pays : la réponse tient en une phrase. Le personnage a été créé au Japon, à Kyoto, par Shigeru Miyamoto, pour un jeu d’arcade japonais sorti en 1981. Mais il a été dessiné, nommé et doublé comme un Italo-Américain de New York. Les deux histoires sont vraies, et elles ne se contredisent pas.
La confusion vient de là. Mario n’est pas un personnage japonais qui aurait été adapté pour l’export : c’est un personnage japonais conçu dès le départ pour ressembler à un Occident ordinaire. Un costume, un métier, une moustache, et un prénom italien.
Mario origine pays : trois dates suffisent
1981, Donkey Kong en arcade : le personnage apparaît sans nom, dans un jeu développé par Nintendo au Japon. 1983, Mario Bros. : il devient plombier et new-yorkais, avec Luigi. 1995, Yoshi’s Island : Nintendo raconte son enfance et le fait livrer bébé par une cigogne au Royaume Champignon.
Entre ces trois dates, la nationalité du personnage n’a jamais été fixée par un document officiel. Nintendo n’a publié aucune fiche d’état civil, et les interviews de Miyamoto sur le sujet sont toujours restées sur le terrain de la plaisanterie.
Un personnage japonais dessiné pour ressembler à un Américain
Shigeru Miyamoto travaillait sur Donkey Kong en cherchant le premier gros succès de Nintendo en arcade. Il voulait adapter Popeye, avec Bluto en antagoniste et Olive Oyl en personnage à sauver. La licence n’était pas disponible, et Nintendo ne l’obtiendra qu’en 1982.
Il a donc créé ses propres personnages, en s’appuyant sur deux références américaines : King Kong pour la structure, et le cartoon des années 1930 pour le style. Le jeu se déroule sur un chantier à New York. Le personnage est alors charpentier, pas plombier.
La moustache et le gros nez ont une explication technique avant d’être un trait culturel. Sur un écran d’arcade, dessiner une bouche et animer une chevelure coûte des pixels. Miyamoto a supprimé les deux : un nez rond, une moustache, une casquette. Il a ensuite assumé l’effet produit, en attribuant plaisamment la nationalité italienne de Mario à sa moustache.
Ossan, Jumpman, Mr. Video : les noms d’avant Mario
Le personnage n’a pas de nom dans la version japonaise de Donkey Kong. L’équipe de développement l’appelle « Ossan », ce qui signifie approximativement « le vieux » ou « le tonton ». Dans les instructions américaines, il devient « Jumpman », un nom descriptif qui correspond à sa nouvelle capacité de saut, et la brochure de vente parle de « little Mario ».
Miyamoto, de son côté, pensait à un tout autre nom : Mr. Video. Son idée était de disposer d’un personnage passe-partout, capable d’apparaître en caméo dans n’importe quel jeu, à la manière d’Alfred Hitchcock dans ses propres films. Il a lui-même reconnu plus tard que ce nom l’aurait probablement fait « disparaître de la surface de la Terre ».
Cette séquence dit quelque chose d’important sur la question de l’origine. Le personnage a d’abord été un rôle fonctionnel, sans identité nationale, avant de devenir un Italien de New York par décision de game design. La nationalité est arrivée après le personnage, pas avant.
Pourquoi un plombier italien de New York ?
Le passage de charpentier à plombier arrive avec Mario Bros. en 1983. Le jeu se déroule dans des égouts, et un collègue de Miyamoto lui fait remarquer que le personnage ressemble davantage à un plombier. Miyamoto adopte l’idée et installe l’action sous New York.
C’est là que l’italien entre en jeu, raconté par Miyamoto lui-même : il a décidé de le « mettre à New York » et d’en faire un Italien. Le choix n’a rien d’un hommage culturel précis. Il vise à donner au personnage une silhouette lisible et un archétype immédiatement reconnaissable pour un public américain, dans un jeu vendu d’abord aux États-Unis.
Le prénom, lui, vient du pays d’accueil. Selon la version la plus répandue, Nintendo of America, alors installé dans un entrepôt, aurait nommé le personnage d’après Mario Segale, le propriétaire des lieux venu réclamer un loyer en retard. Don James, ancien responsable de l’entrepôt, a donné une autre version en 2012 et 2018 : lui et Minoru Arakawa auraient choisi ce prénom en plaisanterie, parce que Segale était si discret que personne ne l’avait jamais rencontré. Les deux récits circulent, aucun n’a été confirmé par Nintendo.
Le doublage a verrouillé le reste. En 1991, Charles Martinet se présente à une audition avec une consigne unique : « un plombier italien de Brooklyn ». Il en tire la voix que tout le monde connaît, avec l’accent et l’emphase. Il la gardera jusqu’en 2023, avant de passer le relais à Kevin Afghani.
Brooklyn ou Royaume Champignon ?
Les produits dérivés ont tranché plus vite que les jeux. La série animée Super Mario Bros. Super Show! et le film de 1993 installent explicitement Brooklyn comme ville d’origine des deux frères, avec des accents marqués et des références à l’Italie. Ces adaptations ne sont pas canoniques, mais elles ont fixé l’imaginaire d’une génération, et c’est en grande partie d’elles que vient la conviction populaire.
Les jeux, eux, racontent autre chose. Super Mario World 2: Yoshi’s Island montre un bébé livré par une cigogne au Royaume Champignon, ce qui déplace la naissance hors du monde réel. Dans Super Mario Odyssey, New Donk City recycle visuellement New York, avec Pauline en maire, mais Mario y est un visiteur. Il habite le Royaume Champignon, et rien dans les jeux ne lui attribue un passeport.
Un détail résume le flou entretenu par Nintendo : un manuel officiel de 1993 attribue à Mario l’espèce « homo nintendonus » et cite les champignons comme aliment préféré, avec l’opéra et l’euro-pop en musique de prédilection. C’est une boutade de documentation, pas une réponse biologique.
Ce que Nintendo n’a jamais tranché
Interrogé sur l’identité humaine de Mario en 2017, un représentant de Nintendo a confirmé qu’il était humain, en soulignant la variété des humains pour justifier son apparence. La réponse est cohérente avec la ligne de la maison : Mario est humain, il vit dans un royaume fictif, et sa nationalité n’est pas un sujet.
Il faut ajouter un élément de contexte : au Japon, le personnage s’écrit simplement マリオ et n’a jamais eu besoin d’être italien pour fonctionner. C’est la localisation américaine qui a fixé le décor, en décrivant dès Mario Bros. deux frères italiens installés à New York. Le marché japonais a accepté le personnage sans passer par cette justification, ce qui explique pourquoi Nintendo n’a jamais ressenti le besoin de trancher la question.
Miyamoto a plusieurs fois joué avec la question sans la fermer. Il l’a rattachée à la moustache, au métier, à New York, jamais à un acte de naissance. La position la plus juste reste donc double : création japonaise, culture d’emprunt américano-italienne, résidence fictive dans le Royaume Champignon.
La réponse courte
Mario vient du Japon, de Kyoto, du studio Nintendo et de la main de Shigeru Miyamoto. Son prénom vient des États-Unis, d’un homme d’affaires italo-américain. Son accent vient d’une consigne d’audition donnée à un acteur américain. Son adresse officielle, elle, est le Royaume Champignon, et aucun jeu ne l’a jamais fait naître ailleurs que dans une histoire de cigogne.
Pour replacer cette création dans son contexte, notre article sur celui qui a créé Mario détaille le parcours de Miyamoto, et notre sélection des meilleurs jeux de Mario montre comment le personnage a changé de registre sans changer de nationalité d’emprunt. Le personnage de Pauline dans Mario Odyssey illustre d’ailleurs ce recycling new-yorkais, et le film Super Mario Bros. de 1993 reste le document le plus explicite sur le Brooklyn d’origine, pour le meilleur et pour le pire.
