Le Mario film 1993 reste, trente-trois ans après sa sortie, l’adaptation la plus détestée de l’histoire du jeu vidéo. Réalisé par Rocky Morton et Annabel Jankel, il a coûté entre 42 et 48 millions de dollars et n’en a rapporté que 38,9. La critique l’a démoli, ses acteurs l’ont renié, et Nintendo en a tiré une leçon qui structure encore sa stratégie au cinéma.

Mario film 1993 : ce que raconte l’écran

Le film suit Mario et Luigi, deux plombiers de Brooklyn au bord de la faillite. Luigi tombe amoureux de Daisy, étudiante en archéologie, et la suit dans une dimension parallèle née de la chute d’une météorite il y a 65 millions d’années. Les dinosaures survivants y ont évolué en humanoïdes et fondé une ville baptisée Dinohattan, dirigée par le président Koopa.

Aucun Royaume Champignon, aucun Toad mignon, aucun Bowser à carapace. Les scénaristes Parker Bennett, Terry Runté et Ed Solomon ont bâti une dystopie urbaine, humide et crasseuse, avec des champignons en guise de décors délabrés. Ce choix explique une bonne partie de la déception de 1993 : le public venait voir un jeu de plateforme coloré et découvrait un film de science-fiction sombre.

Une production qui a déraillé dès le scénario

Le projet a changé de mains et de direction une dizaine de fois avant le premier plan. Dustin Hoffman a tenté de racheter les droits en 1990, avec Danny DeVito en Luigi et Barry Levinson à la réalisation. Le tournage a été annulé pour cause de conflits d’agenda. Jake Eberts a ensuite confié le développement à Penny Marshall. Le premier scénario signé Barry Morrow ressemblait tellement à Rain Man que l’équipe l’a surnommé « Drain Man ».

Le réalisateur Greg Beeman a été écarté après l’échec de son film précédent, Harold Ramis a refusé le poste, et Roland Joffé s’est tourné vers les créateurs de Max Headroom, Rocky Morton et Annabel Jankel. Le ton a basculé vers le cyberpunk. Côté Nintendo, Joffé a obtenu un contrat de 2 millions de dollars donnant temporairement le contrôle du personnage à sa société, Nintendo conservant les droits dérivés. La firme de Kyoto n’a jamais cherché à imposer sa vision : elle considérait le film comme une expérience extérieure au jeu vidéo.

Résultat, un script réécrit pendant le tournage, un budget qui gonfle et deux réalisateurs en conflit ouvert avec leur acteur principal. Dennis Hopper devait rester cinq semaines sur le plateau, il y est resté dix-sept.

Un casting qui assume l’absurde

Le plateau est un curieux mélange. Bob Hoskins et John Leguizamo forment un duo de plombiers crédible, Dennis Hopper cabotine en tyran reptilien, Samantha Mathis apporte la seule touche lumineuse du film. Autour d’eux, le casting part dans tous les sens : Fisher Stevens en Iggy Koopa, le musicien Mojo Nixon en Toad, Fiona Shaw en Lena, Gianni Russo en promoteur véreux. Chaque choix pris séparément se défend. Mis bout à bout, ils donnent une tonalité instable, entre série B et cartoon pour adultes.

Ce que le film a rapporté

Le démarrage américain a été correct sans plus : 8,5 millions de dollars sur le premier week-end, quatrième place du box-office derrière Cliffhanger, Made in America et Dave. La suite a été beaucoup plus dure. Le film termine sa carrière aux États-Unis et au Canada à 20,9 millions de dollars, soit environ 5,06 millions de tickets vendus. Au Japon, il rapporte 300 millions de yens en recettes de distribution, et 2,82 millions de livres au Royaume-Uni.

Le total mondial s’arrête à 38,9 millions de dollars, pour un budget estimé entre 42 et 48 millions. Super Mario Bros. est donc officiellement un échec commercial, ce qui explique en partie la disparition du projet de suite et le silence de Nintendo sur le sujet pendant près de trente ans.

Ce que la critique a reproché au film

Les chiffres sont sans appel. Sur Rotten Tomatoes, 26 % des 46 critiques recensées sont positives, pour une moyenne de 4,1 sur 10. Le consensus du site résume le problème : malgré des décors et des effets spectaculaires, le film manque d’histoire et de substance. Metacritic, qui pondère 24 critiques, lui attribue 35 sur 100, dans la catégorie des avis généralement défavorables.

Michael Wilmington, dans le Los Angeles Times, a livré la formule la plus juste : un film coupé en deux, très accompli sur un plan et très déficient sur l’autre. Les décors de Dinohattan et le travail du chef opérateur Dean Semler ont été salués, la musique d’Alan Silvestri aussi. Le scénario et le ton, jamais. Une exception notable : le public, interrogé par CinemaScore, a donné un B+ au film, nettement plus indulgent que la presse.

Le calvaire raconté par les acteurs

Bob Hoskins n’a jamais caché son désastre. En 2007, il décrit le tournage comme un cauchemar et se plaint d’un couple de réalisateurs dont l’arrogance avait été prise pour du talent. En 2011, dans The Guardian, il donne la même réponse à trois questions différentes : quel est le pire travail que vous ayez fait, quelle a été votre plus grande déception, que changeriez-vous dans votre passé. Dans les trois cas, Super Mario Bros. John Leguizamo raconte de son côté, dans son autobiographie, qu’il a détesté le film et regretté d’y avoir joué.

Dennis Hopper a parlé en 2008 d’un tournage en pilotage automatique, avec un couple de réalisateurs qualifiés de maniaques du contrôle. Rocky Morton, lui, a décrit en 2014 une expérience éprouvante et humiliante, tout en défendant l’originalité du résultat.

Pourquoi le film est devenu culte

Trente-trois ans plus tard, le film a trouvé son public. Annabel Jankel estime qu’il a fini par obtenir un vrai statut culte, avec des spectateurs qui le revoient régulièrement. Samantha Mathis, qui jouait Daisy, raconte qu’on l’interroge plus sur ce film que sur n’importe quel autre de sa carrière. John Leguizamo, pour le vingtième anniversaire, a envoyé un message vidéo dans lequel il se dit fier du film avec le recul. Le producteur Roland Joffé parle d’un objet étrange et intéressant qui a gagné sa place.

Le contraste avec la position de Nintendo est frappant. Reggie Fils-Aimé, alors président de Nintendo of America, expliquait en 2017 que le film avait laissé un très mauvais goût aux développeurs, qui lui avaient raconté des histoires horribles sur la production.

Ce que Nintendo a retenu de 1993

La leçon a été intégrée. Pour l’adaptation de 2023, Nintendo n’a plus lâché la main : Shigeru Miyamoto a coproduit le film avec Chris Meledandri, et le studio a validé chaque étape créative. Le résultat, un succès à 1,36 milliard de dollars, a effacé le souvenir de Dinohattan.

Le film de 1993 garde pourtant une place dans l’histoire de la franchise, celle d’un raté utile. Notre rétrospective sur les adaptations de Mario de l’écran au jeu montre comment cette erreur a façonné les adaptations suivantes.

Faut-il regarder Super Mario Bros. (1993) aujourd’hui ?

Oui, mais pour de bonnes raisons. Le film s’adresse aux curieux du cinéma bis des années 90, aux amateurs de dystopies rétro et à ceux qui veulent comprendre comment une licence de cette taille a pu produire un objet aussi étrange. Les décors de Dinohattan tiennent encore, et Dennis Hopper en président Koopa mérite le détour.

Non, si vous cherchez le jeu. Le Royaume Champignon, les Koopas et les Maskass ne sont pas là, l’humour tombe souvent à plat, et le montage part dans tous les sens. Un enfant qui attend un film Mario coloré passera une mauvaise soirée. Pour découvrir la saga sur grand écran, mieux vaut commencer par le film de 2023 et par Super Mario Galaxy, le film, puis revenir à cette curiosité en connaissance de cause.

By jdm

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