Wario est apparu en 1992 comme le méchant de Super Mario Land 2. Trente-quatre ans plus tard, il porte deux séries à son nom et reste un pilier des spin-offs de Mario. Le personnage n’a jamais été réformé : il a changé de camp, et Nintendo l’a laissé faire.
Ce basculement mérite qu’on s’y arrête. Peu de rivaux de mascottes ont obtenu leur propre franchise. Wario l’a eu deux fois, avec Wario Land pour la plate-forme et WarioWare pour le party game. Comprendre pourquoi demande de revenir au point de départ, sur Game Boy, dans un jeu où Mario se battait enfin pour lui.
Un vilain dessiné comme l’exact contraire de Mario
Wario doit son existence à Hiroji Kiyotake, designer chez Nintendo R&D1. L’équipe de Super Mario Land 2 cherchait un antagoniste nouveau, capable de porter un jeu entier. Kiyotake a résumé son intention d’une phrase restée célèbre : il voulait le Bluto du Popeye de Mario, une caricature lourde, bruyante, sans élégance.
Tout, dans le design, répond à Mario point par point. La casquette devient un casque jaune. La salopette bleue devient violette. La moustache lisse devient un zigzag. Les yeux ronds deviennent des yeux plissés sous des sourcils épais. Le corps trapu de Mario devient une masse avec des bras courts et une carrure de déménageur.
Le nom suit la même logique. Le M de Mario est retourné pour donner un W. Le japonais ajoute un second sens : warui signifie mauvais. Le personnage s’appelle donc littéralement le mauvais Mario, ce qui ne laisse aucune ambiguïté sur son rôle.
Super Mario Land 2 : Mario se bat enfin pour lui
Wario entre en scène le 21 octobre 1992 au Japon, le 2 novembre aux États-Unis, le 28 janvier 1993 en Europe. Dans Super Mario Land 2: 6 Golden Coins, Mario revient de Sarasaland et découvre que son propre château a été pris. Les six pièces d’or qui ouvrent la porte ont été dispersées.
L’idée de départ est simple et elle explique le personnage. Pour la première fois, Mario ne sauve ni princesse ni royaume : il récupère son bien. Nintendo tenait là un ressort narratif inédit, et il fallait un voleur crédible pour l’incarner. Wario est ce voleur. Il occupe le château, il utilise les transformations du jeu, et il affronte Mario dans un duel final à trois phases.
Le succès est immédiat. La suite logique aurait été de le laisser en antagoniste récurrent, comme Bowser. Nintendo a fait l’inverse.
Wario Land : le voleur devient le héros
Wario Land: Super Mario Land 3 sort le 21 janvier 1994 sur Game Boy. Wario y est jouable, et le jeu assume son caractère : il pille, il casse, il cherche un trésor pour se payer un château plus gros que celui de Mario. Les trois fins dépendent de la fortune amassée, ce qui transforme l’avarice en système de score.
La mécanique tranche avec Mario. Wario ne saute pas avec la même légèreté. Il charge tête baissée, projette les ennemis, défonce les blocs à l’épaule. Le jeu est plus lent, plus lourd, plus agressif. Cette identité physique lui permettra de tenir cinq épisodes sans jamais ressembler à un clone.
La série compte cinq jeux principaux. Virtual Boy Wario Land en 1995, Wario Land II en 1998, Wario Land 3 en 2000, Wario Land 4 en 2001 et Wario Land: The Shake Dimension en 2008, connu sous le nom Wario Land: Shake It! hors d’Europe.
Wario Land 4 reste le sommet critique de la série. Le jeu affiche 88 sur 100 sur Metacritic, pour 17 critiques, et 85,34 % sur GameRankings. Il s’est écoulé à 2,2 millions d’exemplaires. Sa structure, avec un niveau qu’on traverse dans un sens puis qu’on doit quitter avant la fin d’un compte à rebours, n’a été copiée par personne.
Le dernier épisode, lui, a été confié à Good-Feel, avec une animation signée Production I.G. Le jeu est beau, l’animation est soignée, et c’est aussi le dernier Wario Land en date. Dix-huit ans plus tard, la série n’a pas bougé.
WarioWare : trois secondes pour comprendre
En 2003, Nintendo change de terrain. WarioWare, Inc.: Mega Microgame$! débarque sur Game Boy Advance et propose des micro-jeux de trois secondes, enchaînés sans explication. Le joueur doit comprendre la consigne en une image et réagir avant que l’écran ne passe au suivant.
Le cadre est nouveau : Diamond City, une ville moderne, une société montée par Wario pour vendre ces jeux et s’enrichir. La série a donné naissance à des suites régulières, développées le plus souvent par Intelligent Systems. WarioWare: Move It!, sorti le 3 novembre 2023 sur Switch, revient aux commandes à détection de mouvement. Il obtient 75 sur 100 sur Metacritic et 56 % de recommandations sur OpenCritic.
Ce second pilier explique la survie du personnage. Quand la plate-forme s’arrête, le party game continue. Wario n’a jamais quitté le catalogue Nintendo, il a seulement changé de format.
Les tentatives à côté
Toutes les expériences n’ont pas marqué. Wario’s Woods, en 1994, est un jeu de puzzle où Wario sert d’antagoniste. Wario World, en 2003 sur GameCube, est développé par Treasure et mise sur le combat en arène : le jeu est court, étrange, et il divise. Wario: Master of Disguise, en 2007 sur DS, confie le personnage à Suzak et déçoit largement la presse.
Ces échecs disent quelque chose d’utile. Wario fonctionne quand le jeu épouse sa nature : la cupidité, la force brute, l’absurde. Il fonctionne moins quand on l’insère dans un moule générique.
Pourquoi le personnage tient depuis 1992
Wario est le premier antihéros que Nintendo ait installé comme protagoniste d’une franchise. Il ne se rachète jamais. Il ne sauve personne. Il veut de l’argent, et le jeu ne lui inflige aucune leçon de morale. Cette absence de rédemption est rare chez un éditeur qui construit habituellement ses héros sur le sacrifice.
Le physique fait le reste. Wario est drôle parce qu’il est grotesque, et il est grotesque sans être méchant au sens dangereux. Un joueur peut rire de lui sans se sentir complice. Son rival Waluigi, créé par Camelot en 2000, hérite de cette veine comique sans jamais obtenir de jeu solo, un cas que nous détaillons dans notre article sur l’absence de jeu Waluigi.
La voix compte aussi. Charles Martinet, voix de Mario depuis 1991, a doublé Wario jusqu’à sa retraite en 2023. Kevin Afghani a repris le rôle et l’a confirmé lui-même à la sortie de WarioWare: Move It!. Le timbre grave et théâtral du personnage participe autant que son design à sa reconnaissance.
Un nouveau Wario Land est-il prévu ?
À la date du 25 octobre 2026, aucune annonce officielle n’existe. Nintendo n’a jamais commenté l’arrêt de la série, et aucun indice crédible ne circule sur un épisode en préparation. Il faut donc se méfier des vidéos et des billets qui affirment le contraire : rien ne les appuie.
Le personnage, lui, reste actif. Il est jouable dans Mario Kart World, aux côtés de tout le plateau, et la licence continue de le prêter aux spin-offs sportifs. Sa présence ne garantit pas un retour de sa série, mais elle entretient sa visibilité.
Par où commencer aujourd’hui
Pour la plate-forme, Wario Land 4 est le bon point d’entrée. Le jeu figure au catalogue Game Boy Advance du Nintendo Switch Online, ce qui évite de courir après une cartouche. Sa durée est raisonnable, sa difficulté progressive, et son niveau final reste l’un des plus tendus de la série.
Pour le jeu à plusieurs, WarioWare: Move It! ou WarioWare: Get It Together! remplissent la même fonction : des parties courtes, des fous rires, aucune courbe d’apprentissage. Wario World se réserve aux curieux qui veulent voir ce que Treasure a fait du personnage sur GameCube.
Wario n’est pas un héros de remplacement. C’est une exception dans le catalogue Nintendo, un rôle de méchant transformé en carrière solo par la seule volonté de ne pas l’adoucir. Les autres jeux Mario de la rédaction sont regroupés dans notre sélection des meilleurs jeux de Mario, et les amateurs de méchants peuvent prolonger avec notre portrait de Bowser.
