Donkey Kong Bananza est le jeu qui a justifié l’achat d’une Switch 2 en juillet 2025, et quinze mois plus tard le constat tient : c’est le meilleur jeu de plateforme 3D de la console. Avec deux réserves qui n’ont pas bougé, une caméra capricieuse dans les galeries étroites et un contenu additionnel vendu vingt euros pour une poignée d’heures. Voici ce que le jeu fait, ce que la presse lui reproche, et à qui il s’adresse vraiment aujourd’hui.
Donkey Kong Bananza : un Odyssey sous la terre
Le jeu est développé par Nintendo EPD Tokyo, réalisé par Wataru Tanaka et Kazuya Takahashi, produit par Kenta Motokura, avec une bande originale signée Naoto Kubo. Il est sorti mondialement le 17 juillet 2025, en exclusivité sur Nintendo Switch 2, à 79,99 € et classé PEGI 7.
La filiation avec Super Mario Odyssey est assumée. Même équipe, même approche des niveaux en bac à sable, même économie de collection qui récompense l’exploration plus que la ligne droite. La différence tient en un mot : la destruction. Presque chaque surface du jeu peut être cassée, creusée, arrachée, et cette liberté change complètement la façon de lire un niveau.
Un terrain destructible du sol au plafond
Tout le décor est construit en voxels, ces petits cubes qui composent la matière. Nintendo a expliqué lors d’une conférence à la Game Developers Conference 2026 qu’un niveau moyen contient plus de 347 millions de voxels. Le chiffre impressionne, mais ce qu’il faut retenir est plus simple : le studio a pu sculpter des parois crédibles tout en les rendant cassables sans que le joueur voie la grille derrière.
Donkey Kong frappe, roule, attrape et lance des blocs, grimpe sur la plupart des parois. Il creuse des tunnels pour contourner un obstacle, ou pour aller chercher un cristal planqué derrière trois mètres de roche. Le jeu récompense cette curiosité avec les cristaux de banandium, ces bananes de pierre qui servent de monnaie d’amélioration dans un arbre de compétences.
Le compte exact dépend des sources : 777 cristaux sont suivis comme collection unique, et le total atteignable monterait jusqu’à un millier. Aucun n’est obligatoire. On peut terminer l’aventure sans en ramasser un seul, ce qui laisse le choix entre une partie rapide et un nettoyage méthodique.
Autour de cette boucle principale, le jeu empile les à-côtés : des zones en scrolling horizontal qui renouent avec les Donkey Kong Country, un mode photo avec caméra libre, et DK Artist, un atelier de sculpture qui exploite la souris des Joy-Con 2. Ce dernier est un héritage direct du visage de Mario dans Super Mario 64, et il occupe sérieusement les enfants.
Cinq transformations Bananza, cinq usages
Pauline chante, et Donkey Kong se transforme. La mécanique est simple à comprendre et difficile à équilibrer, parce que chaque forme répond à un problème de terrain précis :
- Bananza Kong : la version gorille, qui multiplie la force de frappe et ouvre les parois les plus dures.
- Bananza zèbre : la vitesse pure, utile pour traverser les longues plaines et les zones chronométrées.
- Bananza autruche : le vol plané, avec des bombes œufs lâchées en piqué.
- Bananza éléphant : l’aspiration, qui avale le terrain et le recrache plus loin, pratique pour se frayer un chemin vertical.
- Bananza serpent : le saut vertical, pour atteindre les corniches que la course ne permet pas d’atteindre.
Le changement se fait à tout moment, y compris en pleine action, mais chaque transformation consomme une jauge d’énergie alimentée par l’or ramassé. Cette contrainte évite le glissement vers un jeu de bourrinage permanent, où l’on resterait éléphant du début à la fin.
L’histoire : Pauline, VoidCo et le centre de la planète
Sur l’île Lingot, la découverte de cristaux de banandium attire Donkey Kong. Une tempête le précipite au fond de la planète, œuvre de la Void Corporation, dite VoidCo. Le groupe est mené par Void Kong, flanqué de Grumpy Kong, qui fabrique des soldats, et de Poppy Kong, qui étudie le cristal.
Donkey Kong déterre ensuite une Drôle de Pierre estampillée VoidCo, qui l’aide et finit par éclater entre ses mains. À l’intérieur, Pauline, jeune chanteuse enfermée par la société minière. Le duo apprend qu’un vœu serait accordé à celui qui atteint le centre de la Terre, et la course commence.
Le récit surprend par sa tenue. Pauline n’est pas un faire-valoir : sa voix déclenche les transformations, ouvre des sceaux, et prend une vraie place dans les séquences finales. Plusieurs critiques ont d’ailleurs classé l’histoire parmi les meilleures que Nintendo ait écrites pour un jeu de plateforme, ce qui reste rare dans le genre.
Ce que la presse reproche au jeu
Les agrégateurs sont sans ambiguïté : 91/100 sur Metacritic pour 143 critiques, et 98 % de recommandations sur OpenCritic pour 176 avis. IGN lui a donné 10/10 en le qualifiant de premier chef-d’œuvre de la Switch 2. GameSpot, Edge, Destructoid et Nintendo Life sont à 9/10, Gamekult à 8/10, Jeuxvideo.com à 17/20, Famitsu à 38/40.
Les réserves sont tout aussi documentées. La caméra est le point noir le plus cité : dans les tunnels, elle se bloque contre la roche et masque l’action. Gamekult, NME et 4Players en font tous état. Le framerate est le second : il tient globalement, mais 4Players, Nintendo Life et GameSpot notent des ralentissements dans les scènes chargées.
Le mode deux joueurs divise. Il permet à un second joueur de contrôler Pauline en local ou via GameShare, y compris sur une Switch 2 distante. NME le trouve proche d’un rajout, et 4Players regrette le déséquilibre entre les deux rôles.
Jeuxvideo.com ajoute une critique plus fine : des boss trop faciles et recyclés, une musique moins marquante que celle d’Odyssey, et peu de séquences spectaculaires entre deux strates. C’est le genre de reproche qui ne gêne pas un enfant de dix ans et qui agace un adulte ayant fini tous les Mario 3D.
Le DLC DK Island & Emerald Rush vaut-il ses 20 € ?
Sorti le 12 septembre 2025 à 19,99 $ et 16,99 £, le contenu additionnel ajoute deux choses. D’abord l’île de Donkey Kong, revisitée avec la cabane de DK, le Galion de la Crique et d’autres lieux historiques, à explorer librement après la fin du jeu et à décorer de statues de personnages.
Ensuite Emerald Rush, un mode de défis chronométrés et répétables où l’on repart de zéro : on reconstruit la puissance de DK, on traverse les strates du monde souterrain, on récolte du minerai d’émeraude pour obtenir des récompenses cosmétiques. Le principe est plus proche d’un jeu d’arcade que de l’aventure principale.
Les événements saisonniers ont rythmé l’année. Le dernier, Bananza Antics, s’est tenu du 22 au 29 septembre 2026 et permettait de débloquer les statues de Candy Kong et Funky Kong. Nintendo a ensuite relancé la rotation mensuelle à partir du 1er octobre 2026, ce qui rend de nouveau accessibles les statues manquées.
La réception du DLC est nettement plus tiède : 65/100 sur Metacritic pour 17 critiques, 73 sur OpenCritic avec 58 % de recommandations. Le reproche dominant ne porte pas sur la qualité mais sur le prix, jugé excessif pour la quantité. IGN le trouve plaisant pour un fan de Donkey Kong, TheGamer et TechRadar estiment qu’il aurait dû être inclus ou gratuit.
Donkey Kong Bananza en 2026 : pour qui ?
Le jeu a écoulé 4,78 millions d’exemplaires au 30 juin 2026, ce qui en fait le troisième meilleur vendeur de la Switch 2. Ce n’est pas un succès de niche, et l’argument de la rareté ne tient pas : on le trouve en boîte comme en dématérialisé, souvent autour de 70 €.
Il faut l’acheter si vous aimez les jeux qui laissent démonter le décor, si vous avez aimé Super Mario Odyssey et sa logique de collection, ou si vous cherchez un jeu à faire à deux avec un enfant. Le mode coopératif, mal équilibré, reste très accessible au second joueur.
Il faut passer son chemin si vous cherchez de la plateforme millimétrée, une caméra irréprochable et des boss exigeants. Dans ce cas, Bowser’s Fury propose une approche plus resserrée du jeu 3D, et Super Mario 3D World reste la référence du niveau court et lisible.
Le DLC, lui, ne concerne que les joueurs qui veulent retourner dans le jeu après le générique. Pour découvrir les autres titres de la licence, notre sélection des meilleurs jeux de Mario sert de point de départ. Et pour mesurer ce que la formule doit à ses aînés, la soluce complète de Super Mario Odyssey rappelle à quel point la structure des niveaux a évolué depuis 2017.
